Communiqué sur l’implantation d’une centrale électrique fonctionnant au gaz prévue sur la zone industrielle de l’Europôle 2 à Hambach

Jeudi 16 juillet 2009 // Nos actions

Notre association, le GECNAL (Groupement d’Etudes et de Conservation de la Nature en Loraine) est la seule association environnementaliste oeuvrant sur le territoire de la CASC, elle fonctionne, depuis plus de trente ans, avec des naturalistes de terrain strictement bénévoles et sa vocation première est la protection des espèces et des espaces naturels.

Ces dernières années notre association est de plus en plus sollicitée pour prendre position sur des aménagements industriels, routiers ou urbains et nous tenons à apporter notre contribution au débat actuel sur le projet « usine à gaz de Hambach » en apportant les éléments de réflexion suivants :

Le contexte général :

La Lorraine est un gros producteur d’électricité avec notamment la centrale nucléaire de Cattenom, à ce titre elle concentre de nombreuses nuisances et risques.

Elle va en plus servir de poubelle nucléaire car le site de Bure sera certainement choisi pour l’enfouissement des déchets radioactifs nationaux !

La France revend à ses voisins, ses excédents de courant : les exportations françaises ont atteint au total 80 TWh en 2007 pour un solde d’export de 60 TWh (source RTE 2007)

Ainsi l’Allemagne, qui a gelé son programme nucléaire mais aussi l’Italie et l’Espagne achètent elles le courant nucléaire français sans subir les nuisances attachées à sa production.

D’ailleurs le gouvernement français a autorisé la construction d’une nouvelle centrale de dernière génération (type EPR) sur notre sol à Flamanville qui s’ajoutera aux 58 unités de production nucléaire (réparties en 19 sites) actuellement en fonction.

Nous pensons que l’énergie est une ressource rare et que chaque région et chaque pays doit viser à produire et à consommer de façon responsable sa propre électricité de la même façon qu’elle produit et traite ses propres déchets ménagers et industriels.

La Lorraine ne doit pas concentrer la production d’énergie et les nuisances qui y sont attachées !

L’énergie renouvelable :

Les objectifs européens à l’horizon 2020 sont clairs : la part des sources d’énergie renouvelables dans la consommation devra être de 20% !

Nicolas Sarkozy a même affirmé récemment : « Nous allons devenir leader dans les énergies renouvelables au même titre que nous sommes leader dans l’énergie nucléaire ».

Dans le contexte actuel de réchauffement climatique nous tenons à rappeler que le gaz qui alimenterait la centrale de Hambach est une énergie fossile dont les ressources sont limitées et tributaires des aléas diplomatiques et économiques.

Si notre planète a un avenir ce sera avec des énergies renouvelables comme le photovoltaïque.

Rappelons que si la moitié des toitures de notre pays était couverte de panneaux solaires, cela suffirait à couvrir nos besoins en électricité.

Nous aurions préféré que la CASC relaie les initiatives de la Région Lorraine et se lance dans un programme photovoltaique ambitieux sur ses toits plutôt que de promouvoir une énergie fossile.

Les économies d’énergie :

L’énergie la moins polluante est celle qu’on ne consomme pas !!

Il existe au niveau national et local un potentiel d’économie d’énergie énorme.

Pour s’en convaincre il suffit de regarder de près le parc immobilier de notre secteur :

Combien de logements ne bénéficient d’aucun double vitrage, d’aucune isolation mur et toiture, et sont chauffés par des chaudières obsolètes ?

Une politique énergétique cohérente au niveau local devrait viser en priorité à économiser l’énergie dans les bâtiments dont nos mairies et collectivités sont propriétaires !

On pourrait aussi suivre l’exemple des villes qui éteignent leur éclairage public au cœur de la nuit !

La problématique de l’eau :

L’Europe a adopté en 2000 une directive-cadre sur l’eau (DCE). L’objectif général est d’atteindre d’ici à 2015 le bon état des différents milieux aquatiques sur tout le territoire européen. La transposition en droit français de cette directive est effective depuis le 4 avril 2004. Le tronçon de la Sarre concerné par le projet (masse d’eau SARRE 3 au titre de la DCE) est classé en mauvais état biologique et physico-chimique par l’Agence de l’eau Rhin-Meuse (cf : http//www.eau2015-rhin-meuse.fr). Force est de constater en effet que, dés que les eaux se réchauffent, on assiste à une prolifération végétale qui indique bien un déséquilibre du milieu, les pêcheurs, eux, se plaignent de peuplements piscicoles perturbés.

Le bon état écologique de cette masse d’eau demandé par la DCE pour 2015 a été reporté à 2027 à cause des pollutions résiduelles excessives. Il serait donc dommageable d’ajouter des pressions sur le cours d’eau sous forme de prélèvements importants (de 2,4 à 15,5 % du débit suivant les périodes d’après l’étude) et de rejets polluants supplémentaires.

Il faut ajouter que de lourds investissements sont prévus (supérieurs à 20 M€) pour restaurer la qualité écologique de la Sarre et que ces efforts ne devraient pas être annulés par de nouvelles pollutions.

Avec le réchauffement du climat en cours, les périodes d’étiage vont se multiplier et la température estivale de l’eau de la rivière va augmenter !

L’impact de la centrale sur l’écosystème de la Sarre risque donc d’être désastreux !

La pollution atmosphérique :

L’expérience de l’usine d’incinération des ordures de Grosbliederstroff, heureusement abandonnée, nous a montré que les fumées ne sont jamais toxiques… du point de vue des industriels.

Pourtant l’immense émotion populaire soulevée alors a permis une prise de conscience des dangers réels des émissions atmosphériques.

C’est également le cas pour la centrale à gaz projetée : la réaction justifiée des populations et des personnels de santé spécialisés nous amène à demander sans réserve l’application du principe de précaution.

La santé des riverains et la qualité de l’air seront toujours plus importantes que les profits des marchands d’énergie.

D’ailleurs chaque enquête de santé nous rappelle cruellement la mauvaise situation de la population lorraine et mosellane en particulier dans le domaine des voies respiratoires :

qui assumera la responsabilité d’aggraver encore un peu plus cette situation ?

Conclusion.

Le grenelle de l’environnement a fait naître d’immenses espoirs. Des dizaines de milliers d’emplois "verts" dans les énergies renouvelables, la protection des richesses naturelles et la gestion de l’eau doivent participer à une relance de l’économie. Au lieu de cela on nous propose une centrale au gaz brûlant des combustibles fossiles, par définition limités. Une nouvelle dépendance énergétique alors que nous visions l’indépendance. C’est un recul et c’est tout le contraire du développement durable. Nous avons besoin pour notre région d’une politique énergétique moderne et ambitieuse.

Le GECNaL

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